À l’occasion des Journées européennes du patrimoine, ce samedi 20 septembre, Nathalie Koenders, Maire de Dijon, inaugurait la maison aux trois visages, marquant ainsi, les retrouvailles des Dijonnaises et des Dijonnais avec un lieu emblématique du centre-ville.
Le plus ancien édifice conservé le long de la rue de la Liberté
Ce bâtiment se distingue, en effet, aux yeux de tous les passants de la rue de la Liberté. Il s’agit du seul édifice à pans de bois et le plus ancien conservé sur cet axe. Il est en cela assez caractéristique de la production architecturale de l’époque médiévale : rez-de-chaussée et sous-bassement en pierre, puis niveaux supérieurs en encorbellement à structure bois et hourdis, le nom attribué aux remplissages des pans de bois. Elle est, par ailleurs, située au « coin du miroir », point de rencontre bien connu des Dijonnaises et des Dijonnais.
La conservation de cet immeuble est d’autant plus exceptionnelle que la ville a limité, à partir du 17e siècle, la construction en pans de bois en raison du risque d’incendie que cela représentait. Par ailleurs, le lieu a fait l’objet d’un effort d’alignement et d’élargissement aux 19e et au 20e siècles, ce qui a entraîné la disparition de plusieurs bâtiments à cet endroit. Le classement de la maison aux trois visages au titre des monuments historiques en 1971, a ainsi permis de la préserver durablement.
Un chantier instructif
La Maison aux trois visages a été restaurée à partir d’avril 2023, dans le cadre du projet « Façades Liberté » initié par la ville de Dijon. Le chantier, mené sous la maîtrise d’œuvre de Cyprien de Framond, architecte au sein de l’agence CG Art, a fait l’objet d’un accompagnement en matière d’archéologie du bâti, et ce tout au long du projet. Ce travail « à pied d’œuvre », plutôt inédit à Dijon, a été assuré sous la direction d’Émilien Bouticourt de la société Archéodunum. Il a permis de renouveler en profondeur la connaissance historique et architecturale.
L’une des grandes découvertes de ces études réside dans la datation du bois composant la structure d’une partie de la maison : grâce à la dendrochronologie, on sait désormais que celui-ci a été abattu entre 1437 et 1438. Jusqu’à présent, la maison était plutôt datée de la deuxième moitié du 15e siècle. La maison fêtera donc bientôt ses 600 ans !
En matière de restauration, on notera naturellement le changement fondamental d’aspect des façades de la maison avec ces couleurs chatoyantes, en particulier sur les pans de bois. Ces choix ont là encore été orientés par les découvertes des archéologues réalisées au cours du chantier et validés conjointement avec la Conservation régionale des monuments historiques. La couleur rouge retenue correspond en cela à la couche de couleur la plus ancienne qui ait été retrouvée sur certains pans de bois. Le hourdis beige est quant à lui un choix moins documenté, mais s’inscrivant néanmoins dans une pratique courante en la matière. On remarquera d’ailleurs le léger dégradé de couleur pour marquer la légère différence de datation entre les deux pignons côté rue Bossuet (les deux plus anciens – 1437-1438) et le troisième, plus récent d’une quinzaine d’années (1451). Cela permet également de créer une transition visuelle avec les bâtiments en pierre qui lui sont adjacents.
Le quatrième immeuble à pans de bois, situé juste à gauche de la maison aux trois visages, est toujours en restauration en septembre 2025. Il a été daté de 1571.
Enfin, une plaque de signalétique patrimoniale viendra bientôt valoriser ce monument.
Les travaux menés dans le cadre de ce chantier :
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- réparation ou remplacement des poutres ;
- nettoyage des pierres apparentes ;
- restauration des enduits et des joints de briques à la chaux ;
- finition par des badigeons de chaux colorée sur les enduits et les pans de bois ;
- réparation ou remplacement des menuiseries de baies ;
- pose de tablettes, bavettes et descentes d’eau en cuivre ;
- restitution, sur suggestion de l’architecte, des avant-toits d’origine en saillie des façades.