Dijon et les Climats du vignoble de Bourgogne

Dijon connut un glorieux passé viticole dont témoigne encore l'architecture actuelle de la ville. Depuis 2015, la ville et son secteur sauvegardé sont inscrits, dans la zone centrale des Climats du vignoble de Bourgogne, sur la Liste du patrimoine mondial par l'UNESCO. Mais Dijon fait revivre son histoire viticole, grâce à la renaissance du vignoble dijonnais depuis une trentaine d'années.

 

 

L'histoire de l'inscription des Climats

du vignoble de Bourgogne

Cette inscription est le fruit de huit années de travail. La candidature officielle est lancée en novembre 2006. Dès 2007, l'Association des Climats fédère les acteurs du territoire, élus des collectivités territoriales et professionnels de la viticulture. Jusqu'en 2012, le travail se concentre sur la constitution du dossier de candidature qui identifie le bien et propose les outils de sa gestion. Entre 2014 et 2015, l'évaluation du dossier est réalisée. Le 4 juillet 2015, la nouvelle tombe : l'inscription des Climats du vignoble de Bourgogne sur la Liste du patrimoine mondial par l'UNESCO devient effective !

 

Qu'entend-on exactement par Climats ?

Chaque Climat de Bourgogne est une parcelle de vigne, soigneusement délimitée et nommée depuis des siècles. On y produit en quantité limitée des vins de qualité supérieure, complexes, à la richesse exceptionnelle. Dénombré à hauteur de 1247, ils se succédent sur un mince ruban courant de Dijon aux Maranges, au sud de Beaune. Plusieurs composantes déterminent leur singularité et leur typicité : la nature des sols, les conditions hydrographiques et atmosphériques de leur milieu naturel, associées à un savoir-faire ancestral, que l’homme n’a cessé de perfectionner au fil des siècles.

 

 

 

Découvrez l'histoire et l'essence des Climats du vignoble de Bourgogne, désormais inscrits sur la prestigieuse Liste du Patrimoine mondial de l'humanité.

 

 

L'histoire de la vigne et du vin à Dijon

 

Dijon occupe une place de choix dans l'histoire des Climats du vignoble de Bourgogne. Au Moyen Âge, les établissements religieux sont les plus gros producteurs de vin. Cette boisson constitue une source de revenus pour ces établissements dont le mode de vie se base sur l'autosuffisance. Par ailleurs, le vin est présent lors de la célébration de la messe, mais également comme signe d'hospitalité envers les plus démunis, puisqu'il est reconnu comme un aliment aux vertus nourrissantes et médicinales.

Dès le 14e siècle, les ducs Valois de Bourgogne en font un objet de commerce et de pouvoir. Les exportations, les cadeaux diplomatiques, l'organisation de somptueux banquets sont autant de moyens de souligner et de renforcer le prestige de leur cour. Philippe le Hardi impose les premières règles garantissant la qualité des vins.

A partir du 17e siècle, la noblesse de robe et la bourgeoisie acquièrent des terres viticoles et œuvrent en faveur de l'émergence des Climats du vignoble de Bourgogne par leur action normative et qualitative. Largement exporté au 19e siècle, le vin de Dijon connaît un formidable essor - interrompu par l'épidémie de phylloxera. S'ensuit alors un déclin progressif de la viticulture à Dijon, que l'urbanisation achève au lendemain de la Seconde guerre mondiale.

 

La renaissance du vignoble dijonnais

Aujourd'hui, la collectivité s'engage dans une démarche de replantation du vignoble sur son territoire urbain et métropolitain, avec l'ambition d'obtenir l'appellation « Côte de Dijon ». En partenariat avec la Chambre d'agriculture de Côte d'Or, la métropole a identifié sur son territoire 300 hectares de zones référencées en AOC Bourgogne (appellation d'origine contrôlée Bourgogne), dont une partie pourrait, à l'avenir, constituer de nouvelles terres viticoles. Lorsqu'on y ajoute le vignoble de Marsannay-la-Côte, qui possède sa propre appellation, la surface atteint un total de 600 hectares. Actuellement, le territoire dijonnais compte un peu plus de 16 hectares plantées dans les vignobles de Montre-cul, aux Marcs-d'Or, à la Rente Giron ou sur le plateau de La Cras.

 

 

 

Les attributs

La ville de Dijon présente les traces de ce prestigieux passé viticole grâce à certains bâtiments phares de cette histoire.

 

PALAIS DE JUSTICE
Le palais de justice est installé dans l’ancien palais du Parlement de Bourgogne, établi à Dijon en 1480 et dissout en 1790. Le Parlement cumulait des fonctions judiciaires et législatives. Les bâtiments présentent plusieurs éléments remarquables, tels que la chambre dorée et son plafond à caissons, la salle des pas perdus ou encore la copie des portes réalisées par Hugues Sambin, oeuvre majeure d’ébénisterie de la Renaissance.
Les parlementaires ont paré le coeur de ville de nombreux hôtels particuliers et achetés des vignes sur la côte. Par leurs fonctions, ils ont contribué à la construction juridique et normative de la viticulture bourguignonne.

BIBLIOTHÈQUE PATRIMONIALE ET D’ÉTUDE
Installée dans l’ancien Collège des Jésuites, la bibliothèque patrimoniale est remarquable par son bâti et ses collections. La diversité des aménagements intérieurs évoque les évolutions des bibliothèques depuis le 17e siècle. Les collections,  progressivement enrichies depuis les Jésuites et les confiscations révolutionnaires, comprennent notamment les manuscrits médiévaux de l’abbaye de Cîteaux. Le fonds gourmand et la collection de menus donnent une forte orientation gastronomique à l’ensemble. La bibliothèque contribue aussi à la conservation des documents ayant participé à la définition des Climats du vignoble de Bourgogne.

MONASTERE DES BERNARDINES

En 1125, la première abbaye cistercienne de femmes est fondée à Tart, en Bourgogne. La communauté s’installe à Dijon en 1623 pour des raisons de sécurité et entreprend la construction des bâtiments conventuels et de l’église entre 1679 et 1710. De la Révolution aux années 1980, le monastère abrite l’hospice Sainte-Anne et des services de l’hôpital général. Le site accueille
désormais le musée de la Vie bourguignonne et le musée d’Art sacré. Dès les origines, les Bernardines s’engagent dans la création d’un domaine viticole. Après la fondation du clos de Tart à Morey-Saint-Denis en 1141, elles acquièrent des vignes à Dijon et à Beaune et participent ainsi pleinement à l’affirmation du vignoble côte-d’orien.

CELLIER DE CLAIRVAUX

L’abbaye de Clairvaux, située en Champagne, est l’une des premières abbayes cisterciennes. Elle fut fondée en 1115 par saint Bernard, qui en resta l’abbé jusqu’à sa mort. Parmi les terres que possédait l’abbaye, celles des alentours de Dijon et de Pommard étaient essentiellement occupées par des vignes. Afin de regrouper, de stocker et de vendre les récoltes des domaines proches, l’abbaye fit bâtir une maison de ville à Dijon, appelée Petit-Clairvaux. Seul son cellier, construit vers 1220, subsiste. Il était notamment associé à une cuverie et témoigne de l’activité vinicole qui s’y déroulait.

ANCIEN INSTITUT OENOLOGIQUE ET AGRONOMIQUE 

À son ouverture en 1902, l’Institut oenologique et agronomique de Bourgogne incarnait une nouvelle conception du vin et de sa culture, développée au 19e siècle. La science était désormais placée au coeur de la démarche d’amélioration de la qualité.
Lieu d’enseignement, de conseils et d’analyses, l’Institut a contribué à l’affirmation de Dijon comme centre de formation viti-vinicole, un rôle aujourd’hui porté par l’Institut universitaire de la vigne et du vin “Jules Guyot”, sur le campus. Initialement rattaché à l’université de Bourgogne, le bâtiment a changé d’usage à de nombreuses reprises au 20e siècle avant d’être affecté à l’antenne dijonnaise du Collège universitaire de Sciences Po en 2001.

LE PALAIS DES DUCS ET DES ETATS

A l'origine simple résidence adossée à l'enceinte gallo-romaine du 3e siècle, l'hôtel des ducs est reconstruit aux 14e et 15e siècles et fait l'objet d'un chantier titanesque au cours du 18e siècle sous l'impulsion des Etats de Bourgogne. Le pouvoir ducal incarné par ce palais eut à coeur de promouvoir l'excellence viticole, comme en témoigne la fameuse ordonnance promulguée en 1395 par Philippe le Hardi, interdisant la culture du cépage gamay au profit du pinot noir. Philippe le Bon confirme en 1441 la décision de son grand-père. Installées dans l'aile des Etats, les archives municipales de Dijon conservent de nombreux documents relatifs à l'activité viticole bourguignonne. 

EGLISE SAINT-PHILIBERT

Construite au 12e siècle, l'église Saint-Philibert a joué un rôle majeur dans l'histoire viticole de Dijon. Au Moyen-âge, elle est au centre d'une des principales paroisses de vignerons, qui représentent alors près d'un quart de la population dijonnaise. Journaliers et artisans cultivant la vigne résident dans ce quartier populaire de la ville. Jusqu'à la Révolution, le maire de Dijon est élu devant l'église, tandis que les "culs bleus", membres de la corporation des vignerons, y organisent leurs rassemblements. C'est aussi sur son parvis qu'est proclamée chaque année l'autorisation de récolte du raisin, dit "ban des vendanges", et réalisé le recrutement des vendangeurs. 

 

ANCIENNE ABBAYE SAINT-BENIGNE, CATHEDRALE ET CELLIER

Elevée à l'emplacement du lieu de sépulture de Bénigne, évangélisateur et martyr du 2e siècle, l'abbaye Saint-Bénigne succède, au 9e siècle, à une première basilique établie quatre siècles plus tôt. Autour de l'an mil, sous l'impulsion clunisienne, l'abbé Guillaume de Volpiano entreprend une importante réforme spirituelle du monastère et lance la reconstruction des bâtiments. L'église-abbatiale de style gothique, édifiée au 13e siècle, devient cathédrale du diocèse de Dijon en 1792. L'abbaye s'est rapidement constituée un important patrimoine composé de vignes et de clos aux alentours de Dijon. Le cellier voisin, daté des 13e et 14e siècles, rappelle l'exploitation de ces terres.